La mort de Coco

Tu sais, tout à l’heure j’y ai pensé, enfin, après toutes ces années. Il est vieux maintenant, il avait 20 ans pendant la guerre et il a trois tonnes de choses qu’il ne pourra plus jamais dire parce qu’il est trop tard pour les lui demander. Il a des rides au coin des yeux qui ressemblent aux rivières asséchées dans le Larzac quand il fait vraiment chaud, mais il a toujours ce regard d’acier doux et distant en même temps. Il fait des malaises et il n’entend plus rien, et cette foutue loi sur l’euthanasie qui ne passe pas et qui le force à agoniser encore longtemps, aussi longtemps qu’il décidera de ne pas faire de mal à sa femme, et ça fait 60 ans qu’il attend ça, de mourir. Il n’a jamais aimé la vie je crois Coco, il était faussement joyeux, faussement serviable, réellement beau. Mais il veut pas faire de mal à sa femme parce que c’est l’amour de sa vie, de toute une vie et ce jusqu’à sa mort, il peut pas. C’est trop fort, c’est plus que tout. C’est la dernière chose qu’il souhaite.